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Comme leur talent naturel allaitplutôt à la peinture curieuse et trépidante des «milieux» qu'àl'invention et à la narration continue d'«histoires» intéressantes,ils en ont, dès le premier jour, pris hautement leur parti, même avecaffectation. Par là comme par le style, bien ou mal, ils ont innové.Charles Demailly est, je crois, parmi les romans qui comptent, lepremier qui ne soit pas composé. Madame Bovary offrait déjà quelquestableaux qui semblaient peints un peu pour eux-mêmes et qui pouvaientpresque passer pour des digressions; mais leur lien avec l'actionrestait toujours visible. MM. de Goncourt rompent décidément ce lien.Sans doute leurs chapitres ne se suivent pas tout à fait au hasard:outre qu'ils se tiennent par l'unité du but, qui est la description detel ou tel monde, on devine le plus souvent dans quelle intentiondélicate, pour quel effet de symétrie, de redoublement ou d'oppositionils ont été disposés comme on les voit: leur désordre, est lui aussi,«un beau désordre». comprar oculos oakley
Mais enfin la moitié de ces tableaux n'ont aucunrapport avec la «fable» et pourraient en être détachés sans qu'elle enreçût le moindre préjudice et sans même qu'on s'en aperçût. DansCharles Demailly et dans Manette Salomon l'histoire commence justeau milieu du livre: Manette paraît pour la première fois à la page179; Marthe à la page 204. Ces deux romans, qui ont chacun 400 pages,pourraient, si l'on gardait seulement le récit, n'en avoir qu'unecinquantaine. Soeur Philomène, Germinie Lacerteux, RenéeMauperin et même Madame Gervaisais ressemblent davantage à ce qu'onentend d'ordinaire par un roman; mais l'action est encore morcelée,découpée en tableaux entre lesquels il y a d'assez grands vides.L'histoire va par bonds, nerveusement. Non que MM. de Goncourtsoient incapables de faire un récit continu: voyez celui de la vie deMlle de Varandeuil (Germinie Lacerteux) et celui de l'enfance desoeur Philomène: deux merveilles. oculos oakley oil rig Remarquez seulement que, ces deuxrécits étant rétrospectifs et explicatifs, il était interdit auxnarrateurs de s'égarer en chemin. Ils ont dû à cette contrainted'écrire leurs pages les plus sobres et les plus «classiques». Mais cen'est point leur allure ordinaire et naturelle. Au fond, ilsn'aiment pas raconter; ils ne peuvent souffrir le labeur d'un récitsuivi, avec des passages nécessairement plus éteints, des transitionsd'un épisode à l'autre. Leur sensibilité de névropathes n'admet que cequi l'émeut; il ne faut à leur besoin d'impressions fines ou violentesque des tableaux de plus en plus brillants et vibrants.Quelques critiques leur ont vivement reproché ce dédain de lacomposition et d'avoir l'air (surtout dans Charles et dansManette) de vider leur portefeuille au hasard, de secouer leursnotes pêle-mêle autour d'une maigre histoire. Il nous suffit que ce nesoient pas les notes de tout le monde. oculos de sol da oakley
Je me fais fort, en retranchantbeaucoup, en ajoutant très peu, de transformer Charles Demailly,sans beaucoup de peine, en un roman suivi et correctement composé;mais je suis tenté d'estimer peu ce qui est si facile à faire. Etpuis, ce ne serait plus Charles Demailly. L'harmonie d'unecomposition équilibrée est un charme; le pêle-mêle des tableaux en estun autre. Leur désordre répond à celui de la réalité. Leur successioncapricieuse semble reproduire celle des impressions de l'artiste. Untel livre a la vie et la variété d'un album d'études.Le Jardin des plantes; un atelier de trente élèves; une ville d'AsieMineure racontée par un coloriste; une partie de canotage la nuit;quelques aperçus sur la cuisine russe; une vente après décès d'artistepauvre et malchanceux; un atelier au crépuscule; l'ouverture du Salon;ce qu'on voit en omnibus le soir; le corps d'un modèle; une pluie deprintemps au Palais-Royal; une synagogue; un bal masqué chez unpeintre; les amours d'un bohème et d'un singe; un petit cochon dans unatelier; l'auberge de Barbizon; la forêt de Fontainebleau; la Bièvreet ses paysages; la plage de Trouville; je ne sais quelle rue derrièreSaint-Gervais; une pleine eau, la nuit, dans la Seine, sous lesponts.


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